BIBLIOGRAPHIE

TEXTES  

 

Turbulences

En regardant le travail de Marielle Lévêque, je pense à  deux grands ancêtres, deux géants de l’art contemporain qui pourraient lui servir de parrain et de marraine. André Masson pour "l'automatisme" dans la peinture, et Louise Bourgeois pour une forme de sensualité forte, lisible et dépourvue de toute mièvrerie.

Ce que les Surréalistes ont appelé automatisme n’est pas un acte réflexe, musculaire ou mécanique mais plutôt la libre association des formes, des idées et des mots. C’est la mise en marche de la phrase et du geste avant d’avoir enclenché le cerveau, en se libérant de la contrainte asphyxiante des codes de la représentation conventionnelle. Il s’agit bien toujours d’occuper avec des formes et des couleurs l’espace plane d’une toile blanche tendue sur un châssis, mais sans idée préconçue, en suivant sa propre main plutôt qu’en lui imposant un parcours défini.

Et la sensualité surgit d’elle-même, sans intention préalable, d’un agencement fortuit des volumes, des couleurs et des formes. Marielle Lévêque, à une certaine époque, a même peint quelques petits formats figuratifs qui par leur élégance leur finesse et leur tonalité font penser à la statuaire de Tanagra.

Certains mots viennent à l'esprit au premier regard : Lascaux, pour les teintes ocrées et les cernes noirs ; magma, sans qu’on puisse immédiatement déterminer s’il est organique ou volcanique, s’il renvoie à une vision microscopique du corps humain ou à une vision macroscopique du cosmos, d’un monde en constante mutation, en gestation, en genèse.

Les peintres semblent chercher parfois à donner forme à leurs émotions. Marielle Lévêque partage aussi avec nous une émotion bien spécifique, le plaisir de peindre.

De la plus récente  série de ses œuvres se dégage une impression de profusion, de prolifération, de monde en gestation, en genèse. L'abstraction, lorsqu'elle ne sombre pas dans l'arrangement décoratif, est la recherche d'un sens, d’un centre, d’une signification. C’est souvent l’expression d’un inconscient que le peintre voit naître et surgir sous ses doigts comme on voit des préoccupations cachées donner forme à un nuage ou s’incarner dans un rêve. Mais cela fait aussi parfois écho aux préoccupations dominantes d’une époque : les glissements de terrain, les inondations, tsunamis et tremblements de terre marquent la nôtre.

Dans cet univers que Marielle Lévêque offre à notre regard, tout est en train de se reconstruire ou mieux encore, en train de naître. Et l’on distingue la pierre précieuse sous sa gangue.

Marc Albert Levin

Critique d’art

Paris, janvier 2011

Turbulences

When I look at Marielle Lévêque’s work, I think about two great ancestors, two giants of contemporary art she could claim as her elders : André Masson for the "automatism" in painting,     and Louise Bourgeois for a certain kind of sensuality, strong, recognizable and devoid of all mannerism.

What the Surrealists called automatism was not a mere reactive gesture, muscular or mechanical but rather a free association of forms, ideas and words. The phrase or the gesture starts without asking permission to the brain, freed from the suffocating demands and codes of conventional representation. It is still the same purpose – to fill up with forms and colors the flat space of a white canvas stretched on a frame, but without preconceived ideas, while following one’s hand rather than imposing it a specific itinerary.

And sensuality appears by itself, without having been summoned, from the fortuitous encounter of volumes, colors and shapes. Marielle Lévêque, at a certain period, even painted small figurative canvases whose elegance, finesse and tonalities evoked the ancient statues of Tanagra.

At the first glance, some words come to mind: Lascaux grottoes, because of the ochre and reddish hues and the black contours; magma, whether it is from organic or volcanic nature, whether it offers a microscopic vision of the human body or a perception of the macroscopic cosmos, of a world in constant mutation, gestation, genesis.

Painters sometimes seem eager to express emotions in their work. There is a very specific emotion Marielle Lévêque shares with us: the pleasure she experiences in painting.

The series of her most recent works give an impression of profusion, proliferation, worlds in gestation, genesis.   Abstraction, when it doesn’t degenerate into mere decorative arrangement, is a quest for meaning, for a central element, a signification. It is often the expression of unconscious concerns appearing under the painter’s brush, the same way they sometimes incarnate in the form of a cloud or in a dream. But it also echoes the major preoccupations of an era: landslides, floods, tsunamis and earthquakes definitely leave their mark on ours.

In this universe that Marielle Lévêque offers to our contemplation, everything seems in a process of reconstruction, or rather, in the process of being born. And one can see the precious jewel under the cloak of ordinary life.

Marc Albert Levin

Art critic

Paris, January 2011

Notre dame du champ de la peinture

Marielle Lévêque existe. Elle existe par et dans la peinture. Dans la matière de la couleur, dans la matière du trait. Car c’est un peintre complet, qui se complait aussi bien dans la couleur que dans le trait et surtout dans la matière où elle plonge telle une sirène qui n’a aucun vertige de la substance liquide. C’est un peintre de science et d’instinct, ce qui est rare : souvent les peintres instruits, professionnels, manquent de courage, de gout du risque, de folie qui illuminerait leur création. La réciproque est également vraie. Après avoir traversé toute une période symboliquement proche des peintures de Lascaux – très grandes toiles envahissant l’espace, aux couleurs vives et toniques, accompagnées de graphismes incisifs dans une matière granuleuse et sensuelle, après cette période, Marielle Lévêque s’est carrément immergée dans la matière même en explorant la technique du monotype (ou empreinte) qui est aussi un aspect de la création matérialiste dont les théoriciens sont André Leroi-Gourhan ou Jean Clottes et David Lewis-Williams pour ce qui concerne les chamanes de la préhistoire.

Ce qui frappe, pour l’avoir observée au travail, chez Marielle Lévêque c’est la force et la concentration de son énergie ce qui correspond tout à fait à ce qui est l’essence même du chamanisme : harmoniser son énergie personnelle avec celle du cosmos.

En ce qui concerne la thématique de cette peinture, si les figures symboliques de sa période « Lascaux » ont disparu c’est pour donner naissance à des formes organiques dans une série d’imbrications ovoïdes, autant de références, voulues ou non, à l’univers de la gestation, de la fonction de la fécondation et de l’enfantement réitéré. Et cette œuvre en plein renouvellement et au stade de sa maturité a atteint un réel niveau d’universalité.

En paraphrasant Paul Celan, nous pouvons conclure en parlant de peintures, et c’est le cas de celles de Marielle Lévêque : «des peintures, ce sont aussi des présents – des présents destinés aux attentifs. Des présents porteurs de destins ».

André-Pierre Armal

Février 2011

Notre-Dame of the painting

Marielle Lévêque does exist. She exists for painting and through painting. Through the matter of colour, in the matter of the drawing.  She is an absolute painter, who satisfies herself in colour and in the drawing and most of all in the matter in which she can dive without vertigo, fearless of the liquid substance. She is a painter of science and with a rare intuition: often educated artists, professionals, can lack audacity, taste for risk and insanity which could raise their creation.   The opposite is also true. After a period figuratively close to the cave paintings in Lascaux with very large canvas, invading space, bright and vivid colours, together with sketch cutting into the matter, sensual and rough, after that period, Marielle Leveque started immersing herself in the matter itself, exploring monotype technique (or print) which is part of the materialist creation and which theorists are represented by   André Leroi-Gourhan or Jean Clottes and David Lewis-Williams as far as shaman from prehistory are concerned.

What is striking when looking at Marielle Leveque working is the force and the concentration which completely corresponds to the essence of shamanism which is to harmonise individual energy with the energy for the cosmos.

Regarding the theme of this series, the symbolic figures from “Lascaux” have disappeared to give brith to organic forms in a series of oval overlie, a voluntary or involuntary reference to gestation, conception and rebirth. It is with this regenerating masterpiece series, at a stage of artistic maturity that she finally reaches a universal level.

By quoting Paul Celan, we can conclude by saying that when looking at Marielle Leveque’ s painting : «  painting are also gifts, gifts to those who are attentive. Gifts carrying destinies ».

André-Pierre Armal

February 2011

Le retour triomphal de la peinture

La peinture de Marielle Lévêque illustre la coexistence, improbable en un seul être, d’un corps féminin, rose et sensuel, et d’un centaure au torse bleu foncé et aux jambes pourpres.

Elle souligne la complicité entre l’ocre du sable et le jaune éclatant des blés sous le soleil.

Elle affirme l’indissociabilité de ses personnages, mi-animaux mi-humains, de l’espace dans lequel ils surgissent et se meuvent avant de disparaître.

Elle crée un univers dramatique, un décor parcouru ou déchiré de zébrures stridentes où les couleurs s’affrontent et tournoient comme la cape d’un toréador dans une corrida.

Elle nous entraîne dans ces chevauchées fantastiques que seuls permettent les rêves et l’imagination – dans un monde où  s’estompent les limites entre le jour et la nuit,  entre l’éveil et le sommeil, le réel et l’irréel.

Le travail de Marielle Lévêque célèbre le retour triomphal de cette magicienne irremplaçable qu’est la peinture. Après plusieurs décennies d’anti-art,  on la désigne par un pléonasme : « la peinture peinte », celle qui, pour notre bonheur, se fait toujours avec des pinceaux et des couleurs étalées sur la toile. Vive la peinture rêvée et les rêves peints !

Marc Albert Levin

Critique d’art

Paris, janvier 2010

Extrait du catalogue, Espace Ricard

Dans la nuit, tendez l’oreille. Ô vous que quelque impatience ou inquiétude empêche de dormir. La nuit n’est pas si noire. L’œil s’y habitue. La lune éclaire autrement le monde. Un monde bleu où luisent ça et là des regards fauves ou tendres. Les loups jouent dans lanuit, composent avec leur violence pour en faire une danse nuptiale. Dans le silence du désert, le cri d’un chacal est-il une menace ou bien l’appel venu du fond des âges, lancé vers nous par quelque ancêtre animal venu nous rappeler à l’énergie de nos origines ? N’entendez-vous pas, au cœur de la ville - pourtant construite comme un bastion destiné à protéger notre raison fragile, notre fierté assise - des feulements de tigres, des grognements d’ours, des rires d’otaries, des chuintements de castors ? Nous sommes si sages ! Si détachés n’est-ce pas, de ce monde sauvage auquel il nous suffit d’aller, avec quelque mélancolie, porter notre salut à travers les grilles d’un zoo.

La nuit est bleue et dorée. La lumière et la chaleur y persistent. La nuit et le jour se confondent dans des ardeurs d’Afrique ou de méditerranée. La nuit,les rêves ne sont pas gris. Nous nous éveillons à la vie sauvage que nous, enfants de la terre, du soleil, de la nuit, de l’océan, du ciel étoilé, de la forêt bruissante, du champ fertile, de la savane ouverte, du fleuve voyageur, nous devons laisser courir dans nos veines, chauffer notre sang pour ne pas mourir. Nous, déjà demi-morts d’être tant « civilisés ». Nous, pourtant si bien vivants encore, par ce qui, en nous, flambe encore d’ardeur animale.

Dans sa peinture, Marielle Lévêque laisse venir les esprits de la nuit. Parce qu’elle a gardé ou spontanément retrouvé, le secret des invocations magiques, ils se montrent à elle – et par elle ils se montrent à nous. La peinture est pour elle - pour nous si nous en acceptons le partage - le rituel qui appelle les esprits totémiques et par lequel nous pouvons encore entretenir le lien qui nous unit aux forces du monde. Du moins tant que nous ne refusons pas que l’animal, en notre humanité même, veille encore. Du moins tant que nous savons gagner la complicité d’une déesse de fertilité. Mais la magie d’un tel art, bien sûr, ne se donne qu’aux cœurs purs.

Gilles Plazy

septembre 1994

Le nouveau règne de Marielle Lévêque

Longtemps Marielle Lévêque s’est confrontée à ses monstres; elle leur a donné forme dans des compositions plus grandes qu’elle où, peu à peu, elle les a domptés. Alliant force et douceur, l’artiste a démontré sa parfaite maîtrise de moyens picturaux comme le patsel ou la peinture à l’huile sur des toiles souvent immenses.

Comme à son insu et sans l’avoir prémédité, l’artiste a fait surgir de la riche matière colorée des créatures mi-animales mi-humaines ; donnant ces dernières années à ses obsrvateurs tout loisir d’identifier des êtres issus d’antiques mythologies ou des phantasmes oniriques plus ou moins familiers.

A présent les formes reconnaissables dans les compositions de ce peintre ne s’apparentent plus tant au règne animal que de façon insistante et sans ambiguîté au règne minéral : caillou, pavé ou météorite selon grosseur. En pleine recherche plastique autant que sémantique, M. Lévêque s’est engagée dans une démarche radicalement novatrice dans sa pratique. Histoire de se défier soi-même tout en se redonnant du coeur à l’ouvrage !

Depuis quelques mois, l’artiste se passionne pour un procédé développé par le peintre Degas à la fin du 19ème siècle : le monotype. Comme un graveur, elle enduit sa plaque d’encre d’imprimerie ou de peinture à l’huile, puis, comme un peintre, elle trace en enlevant de la matière picturale, enfin, comme un imprimeur, de tout son poids elle presse le papier ou la toile couché sur la plaque. En retournant la feuille, Marielle découvre alors une estampe unique, son oeuvre inédite et méconnaissable. En effet sa composition lui apparaît inversée, son tracé se lit ne blanc de réserve et els couleurs transférées se sont estompées.

Une même couleur se décline avec des nuances dues aux variations de pression des mains au dos du papier tandis que d’infimes traces trahissent les outils choisis, souvent improvisés, pour enduire la plaque. Libre à l’auteur du monotype de continuer le travail en tant que peintre en ajoutant du pastel, de la peinture à l’huil ou même de l’encre de Chine.

Les résultats sont sous nos yeux : ils sont impressionnants !

Sylvie Bureau

mars 2011

Pour tout peintre à la formation classique, la facilité est un danger... La parade consiste à se remettre en question par exemple en abordant une technique inexplorée comme l’a fait Marielle Lévêque.

En remontant plus loin dans son archéologie personnelle, ce ne sont plus desêtres préhistoriques que l’artiste a rencontrés, mais des masses en suspension, des formes fossiles issues de mondes en formation, là Marielle Lévêque se tient “encore plus près de la création” selon le voeu du peintre Paul Klee.

Riches, variées, sensibles et toujours monumentales quel qu’en soit le format, les compositions récentes de l’artiste sont plus sobres, presque monochromes, plus abstraites. Elle a su se garder tout à la fois du piège de la virtuosité technique et de celui de la narration pseudo-fantastique.

A new facet in Marielle Lévêque’s work

For a few months, she has been passionately involved in a process devised by the painter Degas at the end of the 19° century : monotype. Like an engraver, she spreads printing ink or oil painting on her plate. Then, like a painter, she draws by taking off some of the painted matter. And finally, like a printer, she presses with all her weight upon the paper or the canvas laid on the plate. WHen turning the sheet over, Marielle then discovers a unique print, an original work never seen before. For her composition appears inverted, the lines she drew appear in white, and the transferred colors somewhat subdued. The same color shows different nuances according to the intensity of the pressure exerted by the hands on the back of the paper, while minute tracks on the backs reveal the tools chosen, often haphazardly, to spread the color on the plate. The author of the monotype is free to resume working as a painter by adding pastel, oil painting or even Chinese ink.

The results are under our eyes : impressive !

Sylvie Bureau

March 2011

For all painters having received a classical training, the danger looms in facility ... The antidote consists in challenging oneself, for instance in using a unfamiliar technique like Marielle Lévêque did.

Going even deeper in her personal archeology, the artist doesn’t meet pre-historical beings but fossil forms originating from worlds in the process of being born. So doing, Marielle Lévêque stands “even closer to genesis” according to the wish of the painter Paul Klee

Rich, varied sensible and always monumental in all formats, the recent compositions of the artist are more sober, almost monochromatic, closer to abstraction. She has known how to avoid the trap of technical virtuosity and that of a pseudo-fantastic narrative.

For a long time, Marielle Lévêque faced her monsters, and gave them forms in compositions bigger than her; and so doing, little by little, she tamed them. With strength and sweetness, the artist showed her perfect mastery of pictorial means such as pastel or oil paintings, on canvases often of huge dimensions.

As if unconsciously and without previous planning, the artist , out of the rich colored matter , gave birth to creatures half animal half human ; thus she gave the viewers the freedom of interpreting beings originating from ancient mythologies or dreams like fantasies more of less familiar.

Now the recognizable forms in her compositions do not allude to the animal world anymore but rather to the mineral domain, in a clear and persistent manner : stone, rock or meteor, depending on its size.

Fully involved in a plastic and semantic research, Marielle Lévêque took a radically new approach in her practice. A personal challenge as much as a way to find fresh pleasure in her work !

Rien de plus profond et de plus troublant, de plus tendre et de plus terrible, que l’univers pictural de Marielle Lévêque. Portée par une force puissante, son œuvre se déploie et s’enrichit de tableau en tableau ; comme la vie à son origine, elle foisonne, se rétracte, rebondit, surabonde. À travers ses grandes compositions, s’accomplissent des engendrements dont nulle conscience ne saurait témoigner, dans une nuit des temps où frémissent les premières pulsations, les premières reptations, les premiers efforts aveugles pour émerger de l’informe. En cet instant même où la terre ferme s’arrache aux eaux, l’écaille s’envole en plume, la nageoire prend pied, et d’incertaines créatures s’étreignent en des copulations primordiales. Dans des orages jurassiques traversés d’éclairs, se pressent des élytres et des corolles, méduses à pattes de porcs, fœtus de sirènes, coquillages-cyclopes.

C’est par la seule magie de la peinture que l’artiste fait aborder ces êtres aux rivages du vivant dans de luxuriants agencements de consistances, de couleurs, de textures, qui se coagulent en organismes viables. Nulle vision fantastique ou nulle intention merveilleuse, mais un « savoir- laisser-faire », un acquiescement aux forces de la création artistique qui ne sont autres que celles que le cosmos met en œuvre dans le pullulement de la vie.

Si elle se prête entièrement à cet accord inconscient avec les énergies de l’univers, Marielle Lévêque met en œuvre bien consciemment les ressources d’un métier très solide et des procédés les plus raffinés des maîtres. Les brasiers de couleur qui s’allument dans ses toiles sont des pigments mélangés et fixés avec talent, ces monstres fugaces captent doucement la lumière dans des glacis savants, ces trous noirs s’ouvrent sous l’effet de patients grattages des couches picturales, ces cristallisations primordiales sont piégées dans des réseaux de traits sûrs et harmonieux.

Marie Lionnard

Avec exigence, science, et patience, Marielle Lévêque se met résolument au service de la même force universelle qui git dans chacun de ses tableaux que dans le ciel étoilé et dans la mer profonde, selon l’essence même de l’art.

On ne peut plier un Fleuve en crue

                                                Et le ranger dans un tiroir

Marielle Lévêque. Pigments antédiluviens.

Sur sa peinture en chantier, Marielle Lévêque se penche avec la curiosité laborieuse d’un chercheur.

En archéologue de sa propre création, elle fouille la matière picturale qu’elle a elle-même élaborée : substrat riche de pigments et de fragments prélevés dans son gisement personnel. L’artiste s’affaire à en dégager des formes organiques plus ou moins identifiables puis à les recouvrir à nouveau partiellement afin de les ancrer dans son monde pictural complexe, là où son imaginaire et le nôtre parfois se rejoignent.

Il se pourrait que Marielle Lévêque détienne le pouvoir d’éclairer des pans  enfouis de notre commune mémoire reptilienne.

Là où rien n’est sûr, où le tendre fusionne avec l’inquiétant, où le détail familier hors d’échelle devient un ovni flottant dans un monde en formation.

Entre fond et forme, il n’est plus temps de faire la distinction : l’observateur apprend à apprécier l’ambiguïté de ses grandes compositions où l’informe se pare de précieux glacis. Entre abstraction et fantasmagorie, Marielle Levêque excelle à brouiller les pistes.

On prend plaisir à suivre sa démarche créative et à repérer les étapes  d’une mise en œuvre dûment maîtrisée. Il reste des secrets que l’artiste  approche par des détours plastiques. C’est ainsi, en remettant patiemment l’ouvrage sur le métier qu’elle se met à l’écoute de son inspiration, source d’une peinture personnelle hors du temps mais bel et bien présente.

Sylvie Bureau

Emily Dickinson